Antonins
L’Ordre hospitalier des Antonins a été créé
au XIe siècle à Saint-Antoine-de-Viennois (aujourd’hui
Saint-Antoine-l’Abbaye, Isère). Sa fonction était de
soigner les malades atteints du “ feu de saint Antoine ”, tout
en accueillant les pèlerins venus vénérer la relique
de saint Antoine. Ce sanctuaire figurait sur la liste des pèlerinages
pénitentiels* mineurs. Il était fréquenté aussi
par des pèlerins des régions voisines qui l’associaient
parfois à celui de Saint-Claude et du Puy*. L’Ordre a essaimé
en de nombreuses commanderies qui, elles aussi fonctionnaient comme lieux
de pèlerinage à saint Antoine. Contrairement à une
idée reçue, aucun texte ne permet d’affirmer que ces
commanderies jalonnaient de quelconques chemins de Compostelle.
Apocalypse
Le Nouveau Testament a retenu sous ce nom un des livres de révélations
sur les destinées de l’humanité parmi ceux qui sont
apparus chez les Juifs aux alentours de l’ère chrétienne.
Il est attribué à Jean l’Evangéliste, frère
de Jacques* le Majeur, qui l’aurait rédigé au Ier siècle
lors des persécutions des chrétiens pour les aider à
garder l’espérance. Les visions de saint Jean concernant les
foules d’élus et la Jérusalem céleste se retrouvent
transposées dans les sermons du Codex Calixtinus, celle “ d’une
foule immense de toute nation, race et peuple ” et celle de la cathédrale
dont “ les portes restent ouvertes de jour comme de nuit ”.
Comme beaucoup d’autres églises, Compostelle est comparée
à la cité céleste. Mais elle est la seule à
avoir eu l’idée géniale de valoriser aussi le Chemin
qui mène vers elle, et de faire du Camino* francés l’image
du fameux “ chemin d’étoiles ”, la Voie* Lactée
décrite dans la Chronique* de Turpin. 
Apocryphe
Ecrit relatif aux premiers temps du christianisme, non reconnu par le Canon
de l’Eglise. Le Protévangile* de Jacques et les Actes* de Jacques en font
partie. Les Actes latins des apôtres ou les Catalogues* apostoliques sont
des apocryphes, faussement attribués à des auteurs faisant autorité (Abdias,
saint Jérôme, Isidore de Séville) afin de les rendre crédibles. Ils apportent
des informations sur saint Jacques qui doivent être considérées comme légendaires.
Apôtre
Nom donné aux douze compagnons les plus proches du Christ. L’Evangile de
Matthieu (6, 2-4) en donne la liste : “ Voici les noms des douze apôtres.
Le premier, Simon, que l'on appelle Pierre, et André, son frère ; Jacques*
fils de Zébédée et Jean son frère ; Philippe et Barthélémy ; Thomas et Matthieu
le collecteur d'impôts ; Jacques*, fils d'Alphée et Thaddée ; Simon le zélote
et Judas Iscarioth, celui-là même qui le livra ”. Deux apôtres portaient
donc le nom de Jacques, mais ils sont souvent confondus dans l’esprit des
fidèles. On les distingue par les qualificatifs de Majeur et Mineur. Compostelle
prétend posséder le tombeau de Jacques le Majeur.
Aquitaine
A partir du IXe siècle, l’Aquitaine est une très vaste
principauté indépendante, bornée à l’ouest
par l’Atlantique, au sud par les Pyrénées, et s’étendant
au nord presque jusqu’à la Loire et à l’est jusqu’au
Rhône. Très tôt elle eut des liens politiques forts avec
la Galice et la Castille : au tournant de l’an Mil, le duc Guillaume*
d’Aquitaine (933-1030) allait régulièrement à
Compostelle puis, vers 1070, Alphonse VI* épousa Agnès, 11
ans, fille de Guillaume VI comte de Poitiers. Quatre des grands sanctuaires
indiqués dans le Guide* du pèlerin marquent les limites de
cette grande région convoitée par l’Espagne d’Alphonse
VII*. L’Aquitaine fut rattachée au domaine royal français
en 1137 lors du mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec le
roi Louis VII*, mais elle en sortit lors de leur divorce, en 1152. Elle
passa dans le domaine royal anglais par le remariage d’Aliénor
avec Henri Plantagenêt. En 1258 elle fut reconnue possession anglaise
sous le nom de Guyenne (Bordelais, Périgord, Limousin, Quercy et
Gascogne*) avant de redevenir française en 1453 (bataille de Castillon).
Arbre Saint-Jacques
De tout temps, les arbres isolés ont fait partie des repères
offerts aux voyageurs. Parfois, comme à Issoudun, ils portent un
nom indiquant la distance depuis la ville : “ orme des deux lieues
”, “ orme des trois lieues ”. Plus souvent, ils portaient
le nom du lieu où ils étaient plantés. Au Puy, dans
le quartier Saint-Jacques, “ l’arbre Sainct-Jacme ” marquait
la limite avec les paroisses voisines d’Espaly et de Val. A Bouffry
(Loir-et-Cher), un “ frêne de Saint-Jacques ”, haut de
28 mètres, était un repère planté près
de la maladrerie* Saint-Jacques d’Aigrefins, au sommet de la butte
la plus haute de la région (env. 250 m.), que l’on voyait depuis
Chartres et Vendôme. Il fut abattu par une tempête le 30 mars
1892. Ce frêne disparu a été parfois confondu avec son
proche voisin, le “ chesne de Cormont ” (replanté en
1997) qui figure sur la carte de Cassini, dans lequel le géographe
avait installé un observatoire.
Archevêché
Circonscription ecclésiastique regroupant plusieurs diocèses*,
administrée par un archevêque*. Synonymes : province ecclésiastique
ou métropole, d’où la désignation de l’archevêque
comme métropolitain d’une province ecclésiastique. L’archevêque
administre le diocèse où il réside. Il a simplement
sur les évêques des pouvoirs de juridiction. Compostelle fut
érigée au rang d’archevêché en 1120, par
la grâce du nouveau pape Calixte II. Le titre fut enlevé à
Mérida, sur la via* de la Plata.
Archevêques de Compostelle
Quelques archevêques ont, plus que d’autres, marqué l’histoire
des relations entre la France et Compostelle, Diego Gelmirez* au XIIe siècle,
Béranger de Landore* au XIVe, Miguel Paya y Rico* au XIXe, Quiroga
y Palacio* au XXe.
Architecture
L’architecture des sanctuaires de pèlerinage a été
mise en évidence et étudiée par Emile Mâle*.
Arles
(Bouches-du-Rhône, ch.-l. ar.)
Arles doit son inscription au Patrimoine* Mondial de l’UNESCO* au
titre des chemins de Compostelle au fait qu’elle est mentionnée
par le Guide* du pèlerin qui conseille de visiter Saint-Trophime,
Trinquetaille et les Alyscamps. Mais, bien plus qu’au Guide resté
confidentiel, Arles doit sa notoriété dans toute l’Europe
à la mention des Alyscamps dans la Chronique* de Turpin. Ils sont
“ deux cimetières sacro-saints et vénérables
” où furent enterrés dix mille combattants de Roncevaux
(l’autre cimetière est à Blaye*). Ensuite, pour l’âme
de ces chevaliers, Charlemagne* donna aux pauvres de la ville 12000 onces
d’argent et autant de besans d’or. Cette notoriété
trouve peut-être un écho dans cette mention d’un hôpital
Saint-Jacques et Saint-Philippe fondé (XIVe-XVe siècle ?)
pour recevoir “ les pèlerins qui venaient de tous les coins
du monde visiter le cimetière d’Alyscamps ”. Aujourd’hui,
deux statues s’offrent au pèlerin qui cherche saint Jacques,
l’une en façade de Saint-Trophime où il est présent
parmi le collège* des apôtres, l’autre, plus intéressante
parce que rare, sur un pilier du cloître où Jacques est à
la gauche du Christ, ce dernier ayant un autre apôtre à sa
droite (saint Pierre ?).
Armes parlantes
Blasons* dont la lecture est facilitée par un jeu de mots ou une
image rappelant de façon simple le nom du propriétaire. Ainsi
le blason de la ville de Grenade porte un fruit du grenadier, celui de Jacques
Coeur* porte coquilles et cœurs et celui de la Galice est un calice.
Le gisant de Pierre Pellerin -1494- (musée de Saint-Amand) porte
un blason avec “ trois bourdons de pèlerin, en pal, chargés
chacun d'une coquille ”.
Armoiries
Voir héraldique
Arnold von Harff
Voir Harff (Arnold von)
Arras
(Pas-de-Calais)
Au XIIe siècle, l’abbaye Saint-Vaast d’Arras possédait
dans son enclos une chapelle* Saint-Jacques. Le chef* de saint Jacques y
était conservé avant d’avoir été volé
pour être transféré à Berclau. Volé ensuite
par Aire-sur-la-Lys*, une moitié seulement revint au monastère.
Mais, miracle, cette relique existe encore, conservée dans une chapelle
de l’ancienne église abbatiale devenue cathédrale*.
Elle est mélangée à d’autres, rassemblées
après la Révolution dans un reliquaire* commun. Dans la ville
fut en outre fondé, avant 1218, un hôpital Saint-Jacques, disparu
depuis le XVIe siècle, à l’angle des actuelles rues
des Agaches et Saint-Aubert. La rue Saint-Jacques doit son nom à
la confrérie* qui transféra son siège de l’église
Sainte-Croix dans l’hôtel de Rely en 1494. Elle regroupait des
industriels du textile. Cette maison fut ensuite transformée en un
hôpital* Saint-Jacques dont on ignore le fonctionnement et qui prit
sans doute la suite du premier. Tout n'était pas austère dans
la confrérie, et on s'y amusait bien : en 1494, le dimanche Gras,
un joyeux “ Prince de saint Jacques avec sa compagnie ” partit
à la rencontre des “ confrères de Cambrai ” en
compagnie de “ l’abbé de Lyesse et du Prince de Bon Vouloir
”. En retour, les confrères d'Arras allaient à Cambrai
au moment de l'Epiphanie. En 1516, lors de la visite de Charles Quint la
confrérie présenta un spectacle mettant en scène la
prise de Grenade. La maison devint ensuite une école puis, après
la Révolution, une filature qui existait encore en 1914. Il semble
que tout a laissé la place au centre administratif. Ce qui reste
des 234 portraits des “ mayeurs et princes ” de la confrérie,
réalisés entre 1602 et la mi-XVIIIe siècle, pour orner
la grande salle de la confrérie, est relégué aujourd’hui
dans les réserves du musée.
Arrivée
Le pèlerinage à pied est un moment d’expériences
intenses. La fatigue physique s’estompe généralement
au fil des jours mais elle fait place à une certaine exacerbation
des sensations et sentiments tendus vers l’arrivée au but final.
La place de la cathédrale de Compostelle voit ainsi beaucoup de pèlerins
pleurer* d’émotion*. Des habitudes nouvelles ont été
prises, des liens se sont créés au long du chemin, des amitiés
sont nées. L’arrivée au terme de la marche* met un point
final brutal à l’état de pèlerin dans lequel
beaucoup rêvent de pouvoir s’installer. On ne séjourne
pas à Compostelle. Certains prolongent leur marche jusqu’à
Finisterre*. Mais il faut inéluctablement un temps “ d’atterrissage
” avant le retour*. Certains pèlerins ne pourront plus se défaire
du besoin du Chemin et deviendront des récidivistes* ou poursuivront
leur recherche d’une autre façon.
Art
Des formes nouvelles sont apparues dans l’architecture* religieuse
grâce aux pèlerinages. L’apport de multiples reliques
de saints et de martyrs, venant d’Orient ou de Rome, la “ découverte
” de corps saints comme celui de saint Jacques à Compostelle
ou à Toulouse, ont créé autant de nouveaux lieux de
pèlerinages et ont rendu nécessaire la construction d’églises
nouvelles, ou l’agrandissement de celles devenues trop petites. Emile
Mâle* a, le premier, remarqué les églises dites “
de pèlerinage ”, avec déambulatoire* autour du chœur*
et simple ou double bas-côtés* dans la nef* pour permettre
la circulation des pèlerins. Les grands centres possédaient
des reliques* de plusieurs saints et ont entouré le déambulatoire
de chapelles* rayonnantes, chacune dédiée à un saint.
Les églises furent ensuite décorées. Sur les embrasures
de portails, les saints apparurent ; aux tympans*, les miracles qu’ils
avaient accomplis furent sculptés. A l’intérieur, les
chapiteaux*, les peintures murales, les retables* représentèrent
d’autres miracles ou la vie des saints. Les vitraux imagèrent
des scènes semblables ou, des saints seuls, immenses, parfois accompagnés
des donateurs*. Les reliques furent enfermées dans des châsses
ou des reliquaires* d’or et de cristal que les orfèvres fabriquèrent
avec beaucoup d’ingéniosité. Les jongleurs, qui étaient
musiciens, danseurs, acrobates et récitants ne doivent pas être
oubliés. Les textes les montrent sur tous les parvis d’églises
les jours de pèlerinages ; ce sont eux qui ont colporté et
embelli oralement les légendes hagiographiques avant qu’elles
n’aient été écrites par Jacques de Voragine au
XIIIe siècle (La Légende* Dorée). Ce sont les légendes
qu’ils racontaient, les Mystères* qu’ils représentaient,
qu’on retrouve mis en images dans les peintures murales, dans les
vitraux, mais aussi dans les nombreux manuscrits hagiographiques. Mal vus
par l’église dès le XIIIe siècle, parce qu’ils
ne relataient pas que des légendes pieuses, ils ont été
indispensables, comme les pèlerins par leurs dons, au développement
de l’art dû aux pèlerinages. (Janine Michel)
Art contemporain
La vogue actuelle du pèlerinage à Compostelle fait que de
nombreuses villes se veulent sur le chemin de Saint-Jacques. Faute de preuves
historiques de passages de pèlerins, elles font sculpter dans le
métal ou la pierre des statues de pèlerins vêtus “
à l’ancienne ”, qu’elles placent de préférence
sur des ronds-points mais aussi sur des fontaines, dans des niches sur des
façades ou au détour d’une rue. Aubrac*, Moissac*, Navarrenx*,
Pons*, Le Puy-en-Velay* en sont des exemples. A Lyon, la crypte de la basilique
de Fourvière abrite depuis 2004 une mosaïque de 23 m2. Nous
laissons aux spécialistes de l’art contemporain le soin d'apprécier
la valeur de ces œuvres coûteuses. Pour notre part, nous nous
contentons de déplorer l’abandon dans lequel sont laissés
des éléments du patrimoine*, témoignages anciens du
culte à saint Jacques, sous le prétexte qu’ils “
ne sont pas sur LE Chemin ”. Autre forme d’art, les clous* en
forme de coquilles fondues dans le bronze qui balisent (à grands
frais) le supposé chemin dans les villes, prétexte à
y promener le pèlerin ou le touriste avec l’espoir de le voir
déjeuner sur place. A défaut d’œuvres d’art,
certains se contentent de plaques* de marbre…
Ascèse
Rupture avec les habitudes, efforts nécessaires pour parcourir le
chemin, frugalité de la condition de pèlerin imposent une
ascèse parfois vécue comme une offrande en expiation des fautes
commises et dans l’espoir d’assurer son salut*.
Associations
Des associations réunissent, dans un secteur géographique
donné, d'anciens pèlerins soucieux de se mettre au service
de ceux qui empruntent le chemin à leur suite. Les mots qui se retrouvent
dans leurs statuts sont : aider, conseiller, accueillir, renseigner, encourager,
héberger. Ils manifestent un réel souci de faciliter le pèlerinage
de ceux qui ne pourraient pas partir sans une aide extérieure et
d’apporter une assistance à ceux qui traversent leur territoire.
Une activité importante de ces associations, à côté
des fonctions d’information et d’accueil est la recherche et
le balisage* de nouveaux chemins. D’autres mots apparaissent dans
les statuts : prolonger, partager, transmettre. Les anciens pèlerins
aiment se retrouver pour revivre l’esprit* du chemin, souvent en organisant
des marches. Transmettre leur expérience les conduit parfois à
faire du pèlerinage une sorte de rite initiatique dont elles seraient
les gardiennes. En matière d’histoire* dont elles sont friandes,
la plupart ont érigé en tradition* intangible les hypothèses
des premiers chercheurs, contribuant ainsi largement à la propagation
d’idées périmées. Elles sont souvent qualifiées
de jacquaires* ou d’amis de saint Jacques ou du chemin. Certaines
ont adopté l’ancien nom de confrérie*, sans en reprendre
l’esprit. La plupart sont de véritables associations de personnes
physiques bénévoles. Mais certaines, en particulier les associations
de personnes morales, poursuivent des buts économiques et politiques
ou servent des ambitions personnelles bien éloignées du bénévolat
et du véritable intérêt des pèlerins.
Athanase
L’un des disciples de saint Jacques qui, avec Théodore passe
pour l’avoir accompagné dans sa Translation* vers la Galice
et pour avoir été inhumé près de lui, à
Compostelle. La présence de leurs restes dans les ossements découverts
sous la cathédrale de Compostelle au cours des fouilles de 1879 a
été authentifiée par la bulle* Deus Omnipotens du pape
Léon XIII* en 1884.
Attributs de saint Jacques pèlerin
Saint Jacques présente beaucoup de points communs avec le dieu Hermès*.
Comme lui “ il porte le pétase* aux larges bords préservateurs
”. Il porte aussi le mantelet constellé de coquilles* qui prendra
le nom de “ pèlerine ”, tenant en main le bourdon* ou
bâton de marche, portant en bandoulière sa besace* (empruntée
à Mercure) et arborant sur ses vêtements un nombre plus ou
moins élevé de coquilles. Ces attributs sont aussi ceux du
pèlerin. Le Veneranda dies* en fournit une interprétation
symbolique. Le XVIe siècle ajoute à ces attributs le chapelet*.
L’iconographie* utilise chacun de ces attributs pour permettre une
reconnaissance rapide du saint.
Aube
C’est le moment du jour que la plupart des pèlerins choisissent
pour leur départ* quotidien. L’aube est un moment souvent vécu
dans la brume et la fraîcheur. Même si le réveil a été
difficile, si l’esprit est encore engourdi, si l’estomac n’a
pas reçu le petit-déjeuner habituel, les premiers pas du matin
sont un moment privilégié. Le pèlerin repart, tendu
vers son but lointain. D’instinct il retrouve le rythme bienfaisant
de la marche. Bientôt le soleil le réchauffera... à
moins que la pluie ne l’oblige à revêtir sa cape*.
Auberges, relais, hôtels Saint-Jacques
Au Moyen Age et jusqu’au XIXe siècle, de nombreuses villes
ont possédé une ou plusieurs auberges portant l’enseigne
Saint-Jacques, parmi lesquelles, au hasard, Amboise, Amiens, Angers, Avignon,
Bordeaux, Bourges, La Charité-sur-Loire, Cloyes-sur-le-Loir, Cosne-sur-Loire,
Issoudun, Limoges, Loches, Nancy, Nevers, Paris, Pithiviers, Saint-Amand-Montrond,
Tours, Troyes, Vendôme, etc. Certaines ont succédé à
des hôpitaux médiévaux ou des aumôneries, par
exemple à Poitiers, où la chapelle Saint-Jacques, située
dans l’actuelle rue Jules Ferry, est devenue auberge après
la Révolution, avec pour enseigne : “ à la chapelle
Saint-Jacques ”. Leur abondance même interdit de les aligner
sur une route de Compostelle, même si elles étaient par définition
situées sur des voies de passage. Ce vocable était souvent
lié au voisinage d’une église ou d’un quartier*
sous le même patronage, ou à l’existence d’une
confrérie*, ou à un pèlerinage* local. Plusieurs établissements
modernes ont gardé le vocable ancien, tel Cloyes-sur-le-Loir (Eure-et-Loir),
dont, deux auberges mitoyennes, le Grand et le Petit Saint-Jacques, sont
mentionnées déjà au XVIe siècle, à leur
emplacement actuel. D’autres, poussés par la mode, l’ont
choisi récemment, ainsi l’hôtel Saint-Jacques du Puy*.
Pêle-mêle, quelques autres enseignes bien vivantes aujourd’hui,
anciennes ou récentes : Blois, Bruz, Chapelle-Montlinard (La), Chinon,
Coings, Collonges-la-Rouge, Conques, Figeac, Frotey-les-Vesoul, Joigny,
Joinville, Jupille, Meung-sur-Loire, Monestiés, Montréal,
Parthenay, Rouen, Saint-Capraise-de-Lalinde, Saint-Flour, Saint-James, Sallanches,
Sancergues, Seiches-sur-le-Loir, Talence, Thorigné-sur-Due, Tournoisis,
Touvet (Le), Valence, Vals-les-Bains.
Aubervilliers
Le 12 juillet 1885, obéissant au pape Léon XIII* qui venait
d’authentifier les reliques* de saint Jacques à Compostelle,
l’évêque de Paris désigne l’église
Saint-Jacques et Saint-Christophe* d’Aubervilliers comme l’un
des trois sanctuaires du diocèse (avec Montrouge* et la Villette*)
où se rendre en pèlerinage si on ne peut pas aller jusqu’à
Compostelle. Il octroie “ une indulgence* plénière pour
les âmes du purgatoire, aux fidèles (paroissiens et autres)
qui, s'étant confessés et ayant fait la sainte communion,
visiteront l'une de ces trois églises le dimanche 26 juillet, jour
de la solennité de saint Jacques… ” Pourtant, à
cette époque, le vocable avait déjà pratiquement disparu
au profit de celui de Notre-Dame-des-Vertus, du nom d’une Vierge miraculeuse
vénérée depuis le XIVe siècle dans l’une
des chapelles et réhabilitée en ce XIXe siècle qui
multipliait les pèlerinages mariaux. Néanmoins, le curé
s’engage à relancer une ancienne fête religieuse en faveur
de saint Jacques en invitant les autorités civiles et militaires,
en ressortant sa bannière et en s’associant à la fête
populaire qui continuait d’avoir lieu à la date du 25 juillet.
Aujourd’hui la mémoire collective a totalement oublié
saint Jacques. Vers 1750, l’abbé Lebeuf déclarait que
son culte n’était apparu dans cette église que “
depuis peu ” ; sans doute faisait-il allusion à sa statue qui,
depuis les années 1625-1630, surmontait l’une des portes d’entrée
de la façade nouvellement construite. Il faisait erreur, car l’apôtre
figure, depuis le XVe siècle, sur la clé* de voûte du
chœur*, en compagnie des deux autres patrons, saint Christophe et la
Vierge. Encore en 1865, il figure sur le vitrail central de l’église
(dû au maître-verrier Potet), agenouillé aux pieds de
la Vierge qui lui apparaît dans le ciel : sans doute un souvenir de
l’apparition de la Vierge* du Pilier de Saragosse, transformée
ici en Notre-Dame-des-Vertus, tant il est vrai que ces deux saints sont
souvent associés.
Aubrac
Le plateau de l’Aubrac est un plateau volcanique raboté par
l’érosion glaciaire, aujourd’hui couvert de prairies.
Situé entre les vallées du Lot et de la Truyère, il
est le point de jonction des trois départements du Cantal au Nord,
de la Lozère à l’Est et de l’Aveyron à
l’Ouest. Il fait partie des espaces mythiques du chemin de Grande
Randonnée (GR) n° 65 (dit “ LE Saint-Jacques ”) tracé
à partir de 1970 au départ du Puy. Il en constitue un intérêt
majeur, offrant aux marcheurs et aux pèlerins d’immenses étendues
propres à la contemplation et à la méditation. C’est
une région rude qu’il vaut mieux traverser à la bonne
saison. On peut s’y perdre dans le brouillard* et y geler en hiver
(comme a failli le faire le pèlerin italien Bartolomeo Fontana* à
son retour de Compostelle pendant l’hiver 1539). Un lieu légendaire
de ce plateau est cher aux pèlerins qui y trouvent un gîte
propre à faire rêver : la dômerie* d’Aubrac (commune
de Saint-Chély d’Aubrac). Ce plateau a été traversé
par la via Agrippa qui reliait Lyon à Toulouse. Mais le chemin de
Compostelle, lui, se dirige vers Conques sans suivre les itinéraires
marchands du Moyen Age. Le tronçon du GR* 65 situé entre Nasbinals
et Saint-Chély d’Aubrac a été inscrit par l’UNESCO*
au Patrimoine* Mondial au titre des chemins de Compostelle.
Aumônerie
Petit hôpital*.
Augustins
Au XIe siècle ont été institués des chanoines*
réguliers qui vivaient en communauté sous la règle
dite “ de saint Augustin ” tout en assumant des charges pastorales.
Ils ont souvent géré des hôpitaux* mais leur rôle
dans l’expansion des pèlerinages n’a jamais été
vraiment étudié.
Aurillac
(Cantal)
Les armes d’Aurillac “ de gueules à trois coquilles d’argent,
au chef d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or ”
servent trop souvent de preuve pour définir la ville comme étant
située sur un chemin de Compostelle. Ces trois coquilles* sont en
réalité les armes des Astorg, une famille influente d’Aurillac
(dont certains sont allés en Croisade). A l’origine, ils les
ont certainement prises en référence à saint Géraud,
dont ils prétendaient descendre, ce dernier étant allé
sept fois en pèlerinage, mais jamais à Compostelle. Le lien
de la ville avec Compostelle ne s’établit donc ni avec l’héraldique*,
ni avec des coquilles trouvées dans des tombes dans l’église
mais avec la Grande Chanson*, dont la plus ancienne version (XIVe siècle),
met en scène des pèlerins partis d’Aurillac pour Compostelle.
D’autre part, l’abbaye Saint-Géraud posséda pendant
plusieurs siècles un prieuré au Cebreiro*. Une confrérie*
Saint-Jacques est mentionnée à partir du XVe siècle,
confrérie de métier regroupant les “ marchands ambulants,
colporteurs et émigrants ” dont beaucoup étaient tournés
vers l’Espagne. Au XVIIe siècle, elle devient la confrérie
des pelletiers. Au XVIIIe siècle seulement, les dirigeants se disent
tous “ pèlerins ”. Fait rarissime, elle a survécu
à la Révolution, après laquelle les confrères
assistaient aux offices en grande tenue et “ chantant leur chanson
”.
Authenticité
La démarche pèlerine implique la recherche d’authenticité
et d’honnêteté dans la quête* personnelle qu’elle
engage. De nombreux prestataires au long des chemins ont aussi à
cœur de fournir aux pèlerins des informations et des services
marqués du sceau de l’authenticité. Mais, dans l’histoire
de Compostelle, l’imaginaire et le rêve ont une telle importance
que ce désir est parfois difficile à satisfaire. Des voix
autorisées n’hésitent pas à travestir la vérité
avec le souci de “ ne pas briser le rêve ”. D’autres,
aussi peu scrupuleuses, le font avec des objectifs moins louables, à
des fins mercantiles ou pour servir leurs intérêts politiques
ou personnels. Le pèlerinage lui-même peut apparaître
comme un gigantesque jeu* où les participants tiennent un rôle
qui peut occulter l’authenticité de leurs comportements. Mais
authenticité et rêve ne sont pas antinomiques, trop d’organismes
“ du chemin ” ont tendance à sacrifier l’authenticité
et à fabriquer un rêve frelaté que les médias
ne cessent de proposer aux pèlerins en prétendant répondre
à leurs attentes.
Authentique
Nom féminin qui désigne un document destiné à
permettre l'identification d'une relique*. L’authentique peut se présenter
sous la forme d'un procès-verbal de reconnaissance en bonne et due
forme, ou être réduit à une simple étiquette
découpée grossièrement dans un morceau de parchemin.
Elle est généralement placée dans le reliquaire, attachée
à la relique, mais elle peut être conservée dans les
archives du lieu où se trouve la relique.
Aventure
Pour beaucoup de pèlerins contemporains la marche* au long cours
est une façon de vivre l’aventure. Certains la souhaitent même
“ sans risques ”, leur parcours étant balisé de
réservations (parfois multiples) pour éviter le désagrément
d’avoir à chercher un couchage. Si d’aucuns partent le
matin sans savoir où ils dormiront le soir, d’autres s’effraient
à cette idée. Mais aujourd’hui l’essentiel de
l’aventure est ailleurs, dans la rencontre avec cet inconnu que chacun
porte en lui et dont l’épreuve de la marche lui renverra inéluctablement
l’image. D’autres aventures sont de tous temps, sur les chemins
de pèlerinage comme dans la vie (voir sexe*).
Avezan
(Gers, ar. Condom, c. Saint-Clar)
Avezan est né au XIIIe siècle, lorsque les habitants du village
de Saint-Jaymes sont venus, pour des raisons de sécurité,
habiter près du château d’Avezan. Ils apportèrent
avec eux leur saint patron, auquel ils construisirent une nouvelle église
et ils continuèrent à le fêter, en particulier le 25
juillet, en mémoire de l’antique pèlerinage qui avait
donné son nom à tout le village. Peu à peu, Saint-Jaymes
disparut même des mémoires. Seule survit la fête à
Avezan, le 3e dimanche de juillet. L’église actuelle garde
des traces du XIIIe siècle, mais l’ensemble date des années
1890. 
Avy : 
Azabache
Mot espagnol désignant le jais*. Il existe à Santiago une
rue de la Azabacheria.
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